Définitions du travail social avec des groupes

« Le travail social avec des groupes désigne une pratique d’intervention qui s’appuie simultanément sur la personne et son environnement afin de créer les conditions des transformations dans les champs social et sociétal » Hélène Massa, 2001, formatrice en travail social, France.

« C’est une méthode qui aide les individus et les groupes à augmenter leurs capacités de fonctionnement social par des expériences en groupe. Le but est de leur permettre de mieux faire face à leurs problèmes de personne, de groupe, de communauté. » Simone Paré, 1966, Université de Laval, Québec.

Le service social des groupes est une méthode de service social qui recherche particulièrement à aider les individus en groupe. Son but est la création d’une vie de groupe de haute qualité, différente selon les besoins des groupes que la méthode veut servir. C’est une méthode générique utilisable en différents milieux. Gisèle Konopka,1971, professeur à l’Université de Columbia, U.S.A,

La spécificité de cette méthodologie est qu’elle permet de poursuivre des objectifs à plusieurs niveaux: au niveau individuel, au niveau du groupe, au niveau social.

Les concepts du travail social avec des groupes

Le concept de groupe en travail social

« Dans le contexte du travail social, le groupe est défini comme un système d’aide mutuelle. Cette définition valide l’existence d’une structure collective de personnes aux problématiques communes, réunies par un professionnel du social, dans un organisme, en accord avec l’utilisation de cette modalité d’action. Les personnes décident ensemble de s’aider les unes les autres pour transformer leurs conditions de vie sociale individuelle. Elles sont alors en situation d’interdépendance – dans le groupe – et collective – au plan sociétal. La compétence requise pour travailler tant avec le groupe qu’avec chacun de ses membres conduit le responsable du groupe à créer les conditions du développement de l’aide mutuelle. »
H. MASSA –Le Travail Social avec des Groupes, Dunod, 2001- P. 161
Pour Kurt Lewin« la résistance au changement des individus provient de leur attachement aux normes du groupe. Il en déduit que tout changement doit être porté par le groupe et agir sur ces normes partagées. » Sciences Humaines, Hors Série, n° 28, avril-mai 2000.

Le concept d’aide mutuelle

« L’idée de base du travail social avec les groupes est que les membres peuvent, à la fois s’aider eux-mêmes et s’aider les uns les autres, en échangeant des idées, des suggestions et des solutions, en partageant des sentiments et des informations, en comparant des attitudes et des expériences et en développant leurs relations. »

Ken Heap (Pratique du travail social avec les groupes, E.S.F, 1987
« Les personnes décident ensemble de s’aider les unes les autres pour transformer leurs conditions de vie sociale individuelle. Elles sont alors en situation d’interdépendance – dans le groupe – et collective – au plan sociétal. La compétence requise pour travailler tant avec le groupe qu’avec chacun de ses membres conduit le responsable du groupe à créer les conditions du développement de l’aide mutuelle. »

H. MASSA –Le Travail Social avec des Groupes, Dunod, 2001- P. 161
Le processus d’aide mutuelle qui va se développer au sein du groupe, avec l’appui du travailleur social, est l’un des moteurs principaux de l’orientation des changements qui vont alors se produire.

Les modèles d’intervention en travail social avec des groupes

Article de C. Manson-Lassalle

Le travail social avec des groupes a évolué, comme d’autres modes d’intervention en travail social, en fonction de l’évolution des sciences humaines, du contexte de la société qu’il soit économique, politique, social, culturel, en fonction des problématiques auxquelles sont confrontées les populations rencontrées par les services sociaux et éducatifs.
On entend par modèle, une représentation simplifiée de la réalité. Les modèles en travail social se construisent à partir des pratiques, alimentées par des supports théoriques et par une certaine systématisation de ces pratiques. Ainsi, lorsque des groupes constituent des champs de pratiques inhabituels (les situations de crise et d’urgence, les parents d’adolescents, les femmes victimes de violences conjugales, les parents d’enfants placés, les aidants auprès des personnes très âgées…), les travailleurs sociaux élaborent de nouveaux modèles.
Ces modèles aident à conceptualiser, à faire évoluer les méthodologies d’intervention, à faire émerger de nouveaux concepts. Les savoirs professionnels se sont historiquement construits à partir de la recherche sur les pratiques.
C’est dans les années 60 et 70, qu’ont émergé les trois modèles socles du travail social avec les groupes: le modèle psycho-social, le modèle de médiation et le modèle à buts sociaux. Puis, d’autres modèles se sont développés, le modèle basé sur l’empowerment, le modèle en direction des personnes difficiles à joindre. Ces modèles supposent d’accepter pour nous de perdre du pouvoir, de travailler avec les intérêts et les objectifs propres des personnes. Ce qui pose la question du sens de nos interventions, de notre engagement, de ce que le travail social a de rôle politique.

  • Le modèle psycho-social

    Centré sur les problèmes individuels: le groupe est le moyen et le contexte pour travailler les problèmes de chacune des personnes du groupe (groupe de personnes atteints d’une certaine maladie, personnes en situation de deuil…). Ce modèle est fortement influencé par les théories de la psychologie et de la psychanalyse.

  • Le modèle de médiation

    Fondé sur la théorie des systèmes, il place le groupe au centre de la relation d’interdépendance entre l’individu et la société. C’est ce modèle qui a introduit les concepts d’aide mutuelle et de contrat que nous développerons plus loin. Les objectifs poursuivis sont à la fois à un niveau individuel et à un niveau social. La pratique des « P’tits dèj. De Belleville » en est un exemple. Nous pouvons aussi citer les groupes de femmes sur un quartier, de personnes âgées, de bénéficiaires du RMI…Les supports de connaissances utilisés dans ce modèle sont la psychologie sociale, la sociologie, la théorie des systèmes.
    Actuellement, beaucoup de pratiques relèvent de ce modèle, car elles concernent des problématiques prégnantes dans notre secteur, comme l’exclusion, l’isolement. Elles travaillent surtout sur l’image de soi, l’image de la société, l’image de soi dans la société; elles agissent sur les phénomènes de honte et contre la marginalisation.

  • Le modèle à buts sociaux

    Le but des membres et du groupe est le changement social. Cette expérience de groupe accroît la conscience et la responsabilité sociale, elle encourage la participation à l’action sociale et politique; les groupes d’habitants sur un territoire dans le cadre de réhabilitation, les groupes de locataires, les groupes de parents d’enfants handicapés dans la création de structures, en sont des exemples. Ces pratiques s’appuient sur les sciences politiques, la sociologie, la psychosociologie.

  • Le modèle basé sur l’empowerment

    L’empowerment est un concept d’origine anglo-saxonne, difficile à traduire en français, que l’on peut définir comme l’appropriation de pouvoir, en terme de contrôle sur les facteurs importants qui influencent sa vie.
    Les approches axées sur l’empowerment s’intéressent aux populations, qui ont la conviction de ne pas avoir de contrôle sur leur réalité, c’est-à-dire qui ont un sentiment d’impuissance par rapport à ce qui leur arrive, sentiment de ne pouvoir exercer d’influence sur le système dans lequel elles vivent.
    Daniel Turcotte (professeur de travail social à l’université Laval) précise que le sentiment d’impuissance se développe au cours d’un processus où 3 éléments interagissent :

    • La mauvaise estime de soi
    • L’accumulation d’expériences négatives dans les interactions sociales, souvent sous formes de ruptures successives
    • Les obstacles de l’environnement
  • Cette approche s’intéresse aux personnes qui sont dans une position sociale défavorisée qui leur bloque l’accès aux ressources extérieures, ressources qui pourraient leur permettre d’améliorer leur situation. Il y a dans la société actuelle des personnes et des populations qui se trouvent de plus en plus marginalisées et qui développent ce sentiment d’impuissance, et avec lesquelles les travailleurs sociaux ont à développer des interventions spécifiques.
  • L’approche sur l’empowerment vise à soutenir les personnes dans les démarches pour se procurer le pouvoir dont elles ont besoin, ce qui nécessite pour l’intervenant de clarifier ses propres valeurs, d’être capables de les énoncer, ceci afin d’éviter des attentes irréalistes, et d’être cohérent entre ce qui est dit et ce qui est fait.
  • Les personnes peuvent s’approprier du pouvoir lorsqu’elles se mettent ensemble pour travailler leurs problèmes communs. Chacun des membres développe une expérience du pouvoir, dans un groupe.

le modèle en direction des personnes difficiles à joindre

   C’est un modèle qui interroge la distance entre les personnes et les travailleurs sociaux. Comme personnes difficiles à joindre, il y a:

o ceux qui ne recherchent pas les travailleurs sociaux,
o ceux qui ne répondent pas aux offres des services,
o ceux qui répondent aux offres, mais qui ne viennent pas, ou qui viennent mais ne participent ou ne s’impliquent pas.

Ce modèle oblige à travailler la notion de motivation: les personnes qui résistent à ce qu’on leur propose, sont souvent perçues comme non motivées. Or,   l’individu  qui résiste est un individu qui décide que le coût de tel ou tel comportement est excessif, il est donc suffisamment compétent pour décider. La personne résiste, soit pour écarter le risque d’être de nouveau en échec, soit pour maintenir du contrôle sur sa vie. Le fait de ne rien faire, c’est poser un acte.

Les principes d’intervention sont :

o d’aller sur les lieux où sont les personnes, faire l’acte physique de les rejoindre et de travailler sur ce qui les motive, d’être là où elles sont et là où elles en sont,
o de renverser le problème, c’est-à-dire de partir non pas de ce que l’on perçoit comme problème en tant que travailleur social, mais de la personne elle-même, de ce qui l’anime, la motive,
o de faire émerger les capacités des personnes, se baser sur leurs compétences,
o de créer des défis, ni trop petits, ni trop grands qui éveillent leur intérêt,
o saisir des opportunités pour leur permettre d’agir. En cela, il n’y a pas que la parole, discuter peut amener quelqu’un à se percevoir intelligent, agir fait que quelqu’un se perçoit comme compétent;
o de travailler sur les interactions avec l’environnement (le lieu de vie, les relations sociales, l’identité, les zones de changement possibles et désirés par la personne)
Ce modèle utilise les réseaux naturels de soutien ou les groupes constitués. Il concerne des pratiques avec des groupes de personnes issues des gens du voyage, des personnes qui fréquentent les  » resto du coeur », les centres d’accueil de jour, …

Le modèle sur l’empowerment et celui des personnes difficiles à joindre se retrouvent sur certains concepts comme celui de pouvoir, de motivation, de conscientisation, concept développé par Paulo FREIRE en 1972.

Ces modèles supposent d’accepter pour nous de perdre du pouvoir, de travailler avec les intérêts et les objectifs propres des personnes. Ce qui pose la question du sens de nos interventions, de notre engagement, de ce que le travail social a de rôle politique.